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Rédaction Tripsfera
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Dracula Land doit mener les voyageurs en Transylvanie, pas la remplacer

Un parc vampirique d'un milliard d'euros prévu près de Bucarest peut mettre la Roumanie sur la carte, mais il ne mérite la visite que s'il envoie les gens vers Bran, Sighișoara et les villages.

Publié
30 octobre 2026
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4 min
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Photo : Paul Colin Hennig firstdorsal.eu / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Des montagnes russes peuvent-elles faire plus pour le tourisme roumain qu'une citadelle médiévale ? Sans doute, à court terme. La vraie question est de savoir ce qui arrive ensuite au visiteur: rentre-t-il chez lui avec une cape souvenir, ou continue-t-il sa route vers le nord ?

Le projet s'appelle Dracula Land. D'après Le Figaro, il couvrirait 164 hectares, à une vingtaine de minutes de Bucarest et à quinze de l'aéroport Henri Coandă. Les promoteurs affirment que l'investissement pourrait dépasser le milliard d'euros dans la première phase, financé par des capitaux privés. Il comprend un parc à thème de six mondes, une salle de 22 500 places, un parc aquatique avec spa et trois hôtels totalisant 1 200 chambres.

Inutile de faire vos valises pour l'instant. Le plan d'aménagement est terminé, mais aucun engin de chantier n'est arrivé. Le site officiel évoque des travaux en 2026-2027 et une ouverture en 2027-2028, mais ces dates sont indicatives, et le financement reste le grand obstacle.

Le vrai atout du parc, c'est son emplacement, et c'est un risque

Installer Dracula à côté de l'aéroport de la capitale, c'est un bon calcul commercial. C'est aussi une tentation discrète. Le visiteur qui atterrit, passe trois jours dans un hôtel à thème, enchaîne les attractions et repart peut dire qu'il a « fait Dracula » sans avoir vu un seul village de Transylvanie. À notre avis, c'est le pire scénario: la légende est arrachée au lieu qui lui a donné son aura, et ce lieu n'en retire rien.

Dracula fonctionne comme marque parce qu'il promet ce qu'aucun parc d'attractions ne peut construire: de la brume sur de vraies montagnes, une forteresse qui semble avoir poussé dans la roche, une ville dont les vieilles rues ne semblent pas mises en scène. Une version scénarisée peut divertir, mais elle ne peut pas être authentique. Et plus le spectacle est parfait, moins le réel risque de sembler à la hauteur.

Bran, Sighișoara et les villages peuvent y gagner, mais pas par hasard

La lecture optimiste, c'est que le parc est un excellent appât. Des familles qui n'auraient jamais cherché « Roumanie » le feront peut-être après un week-end au parc. Certaines seront curieuses de découvrir l'original. C'est une vraie occasion, et une telle force de frappe promotionnelle, les petites maisons d'hôtes rurales ne pourraient jamais l'égaler.

Mais cela ne se fera pas tout seul. Selon nous, les promoteurs devraient être jugés sur un seul critère: rendent-ils la suite du voyage facile et désirable ? Cela suppose des itinéraires vendus aux portes du parc, des partenariats avec des guides et des maisons d'hôtes locales, et de la franchise sur le fait que le château de Bran et le centre ancien de Sighișoara offrent une expérience différente, ni moindre ni supérieure. Les projets annoncés jusqu'ici ne mentionnent rien de tel: c'est donc une exigence, pas une description.

Il y a aussi un signe plus inquiétant. Le Figaro note que les créateurs veulent bâtir leur propre propriété intellectuelle autour de Dracula, avec une protection de marque en Europe et aux États-Unis, ainsi qu'une éventuelle version dans le métavers. Cela ressemble, à nos yeux, à une entreprise qui veut posséder le vampire plutôt que le partager avec le pays. Une légende qui appartient à la littérature et au folklore transformée en marque protégée: c'est là que le risque de substitution est le plus grand.

Ce que les voyageurs devraient faire

Notre conseil est simple. Si le parc ouvre, considérez-le comme l'entrée, pas comme le plat principal. Allez-y pour les attractions si elles vous tentent, mais consacrez à la vraie Transylvanie au moins autant de nuits qu'aux hôtels à thème. Choisissez de petits hébergements tenus par des habitants dans les villages, mangez ce que la région cuisine réellement et visitez les sites en dehors des heures de pointe.

Et, par honnêteté, une mise en garde: les dates d'ouverture sont incertaines et les projets annoncés disent peu de choses sur la manière dont ce parc sera relié au reste du pays. Tant que cela ne change pas, ne planifiez pas tout un voyage autour d'un parc à thème qui n'est encore qu'un plan d'aménagement.

Notre verdict: Dracula Land peut être une bonne nouvelle pour la Roumanie s'il sert de porte d'entrée. S'il sert de substitut, ce sera une façon très coûteuse de transformer un paysage vivant en simple décor. Le test n'est pas le nombre de personnes qui franchissent les portes, mais le nombre de celles qui poursuivent leur route.

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